EN GUISE D’INTRODUCTION

 

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Sur la musique baroque

Un art du mouvement et des passions de l’âme.

Commençons par un paysage, des idées, des images :

Sinon pour nos oreilles de quidam la musique baroque demeure avant toute chose une élégance, une sorte de souplesse sans cesse renouvelée, un principe immuable, et nous ne serions pas de plus fins connaisseurs que de n’admettre que cela. Nous laissons s’épanouir devant nous ce vaste jardin fleuri aux contours mordorés où chaque fleur s’est parée de notes comme de pétales. Car elle demeure aussi dans la beauté d’un air de viole du maître Marais, dans les tremblements d’une suite anglaise de Bach, elle demeure dans les accords chatoyants d’une ouverture de Telemann, sous les sombres arceaux d’un Miserere de Delalande, aux détours d’une émouvante Chaconne de Campra, dans les strates infinies de profondes messes, dans l’éblouissement d’une ouverture de Rameau, au centre d’allées de menuets et de jardins de passacailles…

Mais ce jardin qui nous fait face fait transparaître aussi ce que nous ne pourrions pas distinguer en un regard, ce qui ne peut sauter aux yeux dans les temps premiers de la découverte et de l’éblouissement. Je veux parler de l’ordre fondateur, de cette charpente scientifique qui construit une logique. Soit, la musique baroque se caractérise par ces sons qui se développent comme des dorures, parce que bien souvent ces créations étaient destinées au plaisir des princes et des rois. Mais ne nous détrompons pas, un Rameau ou un Telemann ne se contentent pas de céder à de simples caprices, ils travaillent ! Et c’est de ce travail titanesque qu’émane LA note, LE son. La plus belle des fleurs ne repose-t-elle pas sur un socle complexe de fibres et de canaux, que nous serions bien surpris de savoir ordonnés et rangés de la manière la plus logique qui soit ? Sous l’apparente légèreté d’une Contredanse de Rameau par exemple, se cache une rigueur qui n’est visible que pour le connaisseur et le musicologue (quoique parfois en écoutant Bach nous serions tenté d’affirmer : « Quelle rigueur mathématique, tout semble parfaitement ordonné »).

Le pétale musicale émane donc d’une science, d’une harmonie domptée par le génie, sinon le talent des grands maîtres. Même s’il semble impossible de mettre un nom sur cette idée, ou le sentiment que cette phrase exprime, ces notes ne sont pas alignées au hasard, elles forment une phrase, et cette phrase obéit à une logique secrète, elle traduit une pensée.

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« C’est à l’âme que la musique doit parler. »

Il existe des entreprises pour lesquelles la beauté et la grandeur de l’âme sont une méthode véritable pour comprendre une science.

La musique serait l’art de penser par les sons.

Que l’on ne se méprenne point. Gardons-nous de croire que toutes les musiques se valent, que c’est simplement « affaire de goût », et tous les goûts sont bons puisqu’ils sont dans la nature. Phrase laide et ressassée, elle donne une satisfaction paresseuse à la vanité de l’ignorant. Que diantre, élevez-vous à d’autres hauteurs, à des sens plus dignes de vous.

En effet, une chanson rudimentaire coulée par un industriel dans le moule d’un succès du jour ne vaut pas une mélodie créée par un artiste de génie, maître de toutes les ressources de son art. La croûte de bazar ne vaut pas un chef d’œuvre de musée, la rengaine du passant un poème de Verlaine, une dentelle de machine et une autre confectionnée sous les doigts de la dentellière. C’est votre droit que de n’aimer la petite piquette de supermarché, mais alors ne vous prêtez pas au ridicule en jouant les connaisseurs et de dénigrer les Cheval-Blanc et les Lafleur. Laissons aux spécialistes le soin de décider d’un chef d’œuvre. Car qui sommes-nous pour prétendre : « Cette Tragédie est ennuyeuse… toutes les Tragédies sont ennuyeuses ! »

Et l’usure dans tout cela ? Deux-cents cinquante ans ont passé depuis que Jean-Sébastien Bach a écrit ses Brandebourgeois : et ces suites sont encore au répertoire des grandes salles de concert.

Mais, pour votre défense il n’est aucune raison de vous décourager, même nouveau venu dans le monde des baroqueux; Laissez-vous surprendre par la nouveauté, et cette page qui aujourd’hui vous ennui, parce qu’elle vous paraît incompréhensible, vous surprendra moins lorsque vous la connaitrez mieux, lorsque votre esprit et votre oreille seront entraînés.

Et qui sait ? Rien ne dit qu’un jour vous deviendrez passionné.

En guise d’ornementation, apprécions la musique sacrée du méconnu Jean Gilles, compositeur Aixois puis Toulousain, de la fin du 17ème siècle.

Extrait de son Motet à Saint-Jean Baptiste « Cantate, Jordanis Incolae » (« Chantez, habitants du Jourdain ») par l’orchestre baroque de Montauban « Les Passions » et le chœur de chambre « Les Eléments », dirigés par Jean-Marc Andrieu.

Musique votive, pleine de joie. Et cela virevolte, se développe en volutes lumineuses.

Voici une bonne occasion de rattraper le temps perdu à errer sous la sphère des succès industriels, appréciez !

« Qui gestat tacendo
Indicat scribendo
Exclamat loquendo
Johannem vocabitis »

« Celui qui engendre en se taisant
Indique ce nom en écrivant,
Puis s’écrie en parlant :
« Vous l’appellerez Jean. »

2 réflexions sur “EN GUISE D’INTRODUCTION

  1. Julien Marion dit :

    Félicitation pour ton site Clément 😉

  2. joanna dit :

    Site tres bien realisé…
    J aime beaucoup!
    Bravo 😉

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