Dyonisiaques

Jan Van Dalen - Bacchus(Jan Van Dalen : « Bacchus« , XVIIème siècle)

Jean-Philippe Rameau : Entrée des Suivants de Bacchus (le Temple de la Gloire, 1745)

« Que sous la treille
Le plaisir veille.
Tenant le flambeau de l’amour,
Bacchus sera le dieu du jour. »
(Morel de Chédeville, fin du XVIIIème siècle)

Du Temple de la guerre au Temple des Plaisirs, des rives du Gange au pieds d’un trône ceint par la vigne, Bacchus apparaît comme le prétendant de la flamme d’un amour libre de toutes contraintes ainsi que le champion des heureux délires de la fête.

Mais nous pouvons penser à raison que loin de chevaucher éternellement le tonneau des Danaïdes, celui que les philosophes grecs et romains chantèrent en leurs poèmes se serait dans la musique baroque heurté aux fiers autels d’une noblesse avide des gloires de la guerre.

Cependant, ayant glorieusement conquis les Indes avec une troupe d’hommes et de femmes armés de thyrses et revenant non moins auréolé des lauriers de la victoire, il se proclame heureux représentant de la paix des braves. S’arrêtant en Egypte pour enseigner l’agriculture et l’art d’extraire le miel, il planta la vigne et fut adoré pour cela.

Tommaso Salini - Bacchus(Tommaso Salini : « Bacchus« , XVIIème siècle)

Doublement donc la gloire lui est redevable, de s’être fait admirer par les plus grands dans la guerre comme dans la chaleur des bouquets de son vin.

Honneur au Dieu de l’ivresse, des débordements et de la nature !

J.P. Rameau : Air de Bacchus et ses Suivants « Que le Thyrse règne toujours » (Le Temple de la Gloire, 1745)

« O Bouteille,
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffère,
Et le mot profère
Auquel prend mon cœur
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclose,
Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loin de toi est forclose
Toute mensonge et toute tromperie.
En joie soit l’aire de Noach close,
Lequel de toi nous fit la tempérie.
Sonne le beau mot, je t’en prie,
Qui me doit ôter de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toi, soit blanche ou soit vermeille.
O Bouteille,
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffère. »
Rabelais : « La Dive bouteille », Cinquième Livre (XVIème siècle)

Carrache - Triomphe de Bacchus et d'Ariane(Annibale Carracci : « Le Triomphe de Bacchus« , XVIème siècle)

J.P. Rameau : Air pour les Suivants de Bacchus (Le Temple de la Gloire, 1745)

(Le choix de nos illustrations musicales s’est naturellement arrêté sur Jean-Philippe Rameau. Son œuvre, quoique souvent bouleversante de beauté, de tragique ou de grand, résonne aussi quelquefois du ton coquin qui sied à cet ancien compositeur des foires parisiennes. Mais peut-être est-ce tout simplement la langue de ce libre-penseur, contemporain du siècle des Lumières ?)